Souffle Précédé de Cascando, Pas Moi et Moi

Création 2011

De Samuel Beckett
Mise en scène Laetitia Mazzoleni
Chorégraphie Samir El Yamni
Scénographie Noam Cadestin
Musique originale Nicolas Chatenoud
Montage vidéo Guillaume Sarrouy
Dramaturgie Laetitia Mazzoleni
Création lumière Sébastien Piron

 

L’expérience théâtrale de Beckett est aussi une exploration de tous les moyens techniques mis à sa disposition. Déjà, dans La dernière bande , 1958, il utilise le magnétophone pour traduire le dédoublement du sujet: Krapp, figure de l’écrivain, écoute sa propre voix comme si c’était celle d’un autre. Beckett explore jusqu’à leur réduction extrême les possibilités de la forme théâtrale. Il joue avec les possibles de la parole et du jeu pour les ramener à l’épure. Il démembre, en quelque sorte, le corps de la représentation théâtrale dont il sépare les éléments. Il opère aussi souvent la disjonction du corps et de la voix. Le corps en scène de May (M) et les voix de femme sont séparées, dans Pas.

Beckett a dit de Pas “comprenne qui peut”. Amy et May, May est Amy. Dans Pas moi, la parole a cessé de se nouer à des gestes, de s’appuyer sur des objets et des mouvements. Il ne reste plus que la voix, sortie d’une bouche occupant toute la scène, et qui s’agrippe à son histoire. Le théâtre est alors minimal, réduit au travail de la bouche qui profère. Impressionné par le souvenir visuel de La Décollation de Saint-Jean Baptiste , peinte par le Caravage, Beckett a retenu cette tête saisissante détachée du corps, pour en faire, dans un puissant clair-obscur, l’objet de la scène théâtrale. Cette parole pour tuer le temps, pour ne pas être tuée par le temps.

Pour Cascando, le personnage physique n’est que l’ouvreur et les personnages narratifs sont deux boites dont les sons, musique et voix, sortent. Dans les pièces courtes, ces fragments de théâtre, les «figures» ne se livrent plus les jeux spasmodiques d’une mémoire désœuvrée. Le théâtre se joue dans la montée du dire, dans une respiration des mots qui, à la limite extrême, se confond avec la musique du souffle. Exercice de haut vol que celui de l’interprète Beckettien. La partition est serrée, exigeante, le comédien rejoint le musicien. Beckett est beaucoup moins préoccupé d’un discours métaphysique que d’une physique de la scène. Le paroxysme du non personnage est atteint dans Souffle, respiration qui a rencontré en lumière la vision chaotique du monde selon Beckett. N’a-t-il pas dit: «Le mot clé de mes pièces est: peut-être. »