Tout au Bord

Création 2010

De Laetitia Mazzoelni

Création numérique visuelle Guillaume Sarrouy

Création sonore Sebum

Création lumière Sébastien Piron

Décor Jeannine Terha et Alexis Rostain

Avec Laetitia Mazzoleni et Noam Cadestin


Tout au bord est un projet fleuve. Un concept total qui inclut l’ écriture d’un texte , la fabrication d’une installation scénique en quadri-frontalité , la réalisation de personnages numériques qui communiquent avec les personnages sur scène, la création d’une bande son originale et bien entendu au final la création d’un spectacle aux frontières des arts scéniques . C’est pour cela que nous prenons notre temps. Du temps de conception, du temps de réflexion. Ce projet court sur deux saisons . 2010/2011, trois cessions de répétitions: novembre 2010, travail sur le texte au Pré des Arts (Valbonne) – février 2011, travail sur l’ installation numérique à la Fabrik’Théâtre (Avignon) – avril 2011, travail sur le dialogue entre les personnages numériques et les personnages scéniques à Théâtres en Dracénie (Draguignan). Puis 2011/2012, deux cessions de répétitions: fin 2011, nouveau travail sur le texte et les personnages – premier semestre 2012, finalisation de la création. Avec bien entendu un travail de recherche et de réflexion entre chaque cession de répétitions, et tout le travail de réalisation numérique , filmeur les personnages sur fond vert, les incruster dans la vidéo. Les dates de la saison 2011/2012 sont approximatives et les lieux ne sont pas indiqués car nous souhaitons “utiliser” les présentations de fin de chaque cession de répétitions de la saison 2010/2011 pour inviter les programmateurs de la région à découvrir notre travail afin aller finaliser notre création au sein de leur structure.

C’est une aventure passionnante que de créer de manière totale . De se confronter à l’écriture et à la faisabilité ou non de nos envies. C’est la première fois que nous avons utilisé pour une de nos créations l’ outil vidéo , du moins à ce niveau là. Cela demande une précision maximale pour rendre crédibles les rencontres virtuelleso-scéniques . Les paramètres seront millimétrés . La musique se juxtaposera au mot près. Aucune fantaisie de la partie des comédiens ne sera permise, la rythmique devra être parfaite jour après jour, une précision d’horloger. C’est un pari fantastique pour un travail de comédien. Etre vrai tous les jours malgrédes contraintes techniques excessives .

Et la quadri-frontalité? Là aussi une contrainte, mais vis-à-vis du public. Personne ne verra exactement le même spectacle , selon l’endroit où il aura un angle de vue différent, mais doit chercher juste. Donner à voir et à entender alors que nous sommes de dos pour certains . Rendre beau ce qui habituellement n’est pas visible. La difficulté également d’un concept scénique au centre du public qui ne laisse pas de temps mort pour le comédien, toujours en scène .

Autant de raison pour prendre notre temps, donc. Chercher le plus judicieux , le plus juste, pour que cette création ne soit pas une installation sans âme qui reste éloignée du spectacle vivant. Tout au Bord a Une réelle écriture , un vrai Avec parti pris Dans la rythmique , Plus que in the encore sens. Une véritable recherche de la langue et de ses fils. Nous voulions explorer une autre forme d’expression scénique , d’autres supports, et ce texte a été écrit dans cette direction.

Le travail se veut celui de l’épure . Il y a de la verticalité dans ces personnages. Le hiératisme de la tragédie . La tragédie universelle. La tragédie humaine . C’est un texte où la pudeur de chacun s’efface au profit de l’aventure. Il laisse de la place au vide , à ce qui n’est pas dit. Tout est compréhensible dans les silences. Le monde entier résonné dans les silences . La hauteur de la simplicité de deux vies qui jouent à se faire peur, qui jouent à mourir un peu chaque jour. Ils sont chacun l’oxymore de l’autre . L’universalitéde ce monde donne un sentiment de paradigme. Comme une possible immersion dans une vie parallèle, un hors temps. Ne pas vouloir faire, voilà notre guide, ne pas faire pour faire et surtout avoir confiance dans ce texte qui dit tout et qui se suffit à lui-même, presque. Juste mettre en valeur, mettre en entendre, utiliser la mise en scène pour mettre en avant les hors champs .

Mise en place de la boite à jouer , un carré ouvert sur deux angles. Certainement pris dans une autre boite en tulle qui servira de filtre au public . Public qui sera tout autour de ce dispositif scénique. Et deux faux angles à l’intérieur de la boite pour fermer les ouvertures. Une impression de panneaux, d’ écrans qui s’entrelacent . Réglage des dimensions et du travail autour du texte, de sa cohérence. Voir commentaire le texte résonne

dans ce labyrinthe , commente la quadri-frontalité fonctionne. Ça fonctionne, et même bien. Nous avons, lors de notre première cession de répétitions, étudié toutes les possibilités d’entrée et de sortie de l’objet, équilibré chaque côté pour qu’il y ait quelque chose choisi à voir en permanence où que le public soit. Tout est question d’équilibre, de conscience totale à 360 ° , et de fluidité dans les mouvements . Que ce principe de quadri-frontalité soit un appuis et pas un obstacle. Il y a quelque chose choisi de l’ exposition dans ce principe, de la performance . Tout est à vue, rien n’est caché, on ne peut pas mentir. Cette idée de scénographie en résonance du texte. Ces personnages sont pris au piège, en erreur dans ce lieu qui est leur corps, qui est leur vie, qui est leur âme. Un écho à ce que nous cherchons tous: l’autre. Celui qui nous aimerait sortir de notre vie , nous emmènera vers quelque chose de forcément meilleur puisque c’est ailleurs. Alors que nous sommes nos propres guides .

L’appuis de la vidéo . Très importante pour souligner la déambulation passive de ces personnages en quête d’être quelqu’un d’autre. Les doubles virtuels comme fantômes de leurs fantasmes . Des rencontres qui se font mais qui n’existent pas, des regards qui se croisent sans se voir .

C’est un jeu de cache cache . Deux tranches de vie qui ne font que se croiser. Ils ne se rencontrent presque jamais et pourtant ils imaginent tout savoir l’un de l’autre. Des âmes sœurs . La tragédie de l’un et la solitude de l’autre les amènent à se retrouver mais tout les opposés. L’intérêt de l’histoire ne réside que dans la fêlure des deux personnages , le témoignage d’une humanité qui se cherche. C’est là qu’il faut gratter.

Tout est affaire de son et de rythme . Une écriture qui va chercher la forme avant le fond . Quelque a choisi qui sonne et trébuche. Un refrain. Un texte en forme de partition qui se fout du théâtre et rêve de jazz et de blues. Un concert pour humain en quête de sincérité . C’est pour cela que le sébum est entré dans le projet. Sa musique électro-acoustique avait déjà ajouté quelque chose à notre création 2009. Cette fois-ci, nous lui commandons un album complet . Il a le texte, nous nous retrouvons régulièrement pour discuter et il a carte blanche. La musique sera omniprésente dans le spectacle . Ce sera le bruit de la vie des personnages, le bruit des pensées des personnages.

Pour la première fois nous poussons notre travail vers une forme hybride . Excitant. Mais par où commencer? L’univers. Tout tourne autour d’une ambiance et tout s’articule à partir de l’atmosphère sombre qui doit régner. Nous nous servons des lumières, très important sur ce spectacle, et de la vidéo pour intégrer le public au processus , le prendre à partie. Nous voulons les faire participer, au sens émotionnel .

Je ne sais pas vraiment d’où est venue cette envie de faire cohabiter des personnages virtuels et des personnages incarnés par des comédiens . C’est peut-être tout simplement ce texte qui s’y prête car cette idée est née très rapidement dans ma tête. Toute l’histoire repos sur le témoignage de deux personnes qui sont vaguement croisés et qui parlent de l’autre. L’autre sera donc toujours là , virtuel, au public de rêver de la véracité de la chose choisie. Les apparitions virtuelles des personnages sont-elles réelles ou bien fantasmées par les personnages physiques? J’aime également cette idée de «  dialogue avec un écran  ». Là, c’est la comédienne qui parle.

La compagnie a toujours travaillé avec plusieurs supports. Nous faisons de la photo, nous faisons régulièrement la vidéo en appuis de jeu, la musique à toujours une place importante dans nos spectacles, elle ne fait pas qu’illustrer mais elle impulse un univers particulier, son univers particulier. Mais l’objet central du travail restait le théâtre, et avant tout le texte puisque nous sommes de fervents défenseurs des textes d’auteurs contemporains. Aujourd’hui nous cherchons une autre forme d’expression, une forme hybride qui n’a de commun que la scène. Spectacle total, art frontière, à part égale de projection, musique et théâtre. Pour cela nous avons aimé les compétences de chacun. Sébum, musicien multifonction et multiforme, Guillaume Sarrouy, technicien sortant juste de l’ISTS qui travaille la captation, le montage et la projection vidéo multi-support, et nous, compagnie de théâtre, pour l’écriture et le jeu sur plateau. Une invention à trois entités.